Entretien avec Marcus : Le pionnier du "Let's Play" et parrain de la Corsica Games Week
INTERVIEW
Pierre-Vincent Pietri
4/3/20264 min read


Journaliste de la première heure et figure emblématique de Game One, Marcus revient sur trente ans de carrière, l'évolution du journalisme vidéoludique et son nouveau défi avec "La Team".
Trente ans de passion
Pierre-Vincent : Bonjour Marcus. Pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, peux-tu te présenter ?
Marcus : Ils ont de la chance, car cela fait 30 ans que je suis testeur de jeux vidéo et que certains ont réussi à m’échapper jusqu’ici ! Pour les autres, je suis celui qui est "payé pour jouer" depuis trois décennies. On me connaît surtout pour avoir créé, en 1998, le principe du test d'un jeu dans les conditions du direct : jouer tout en racontant des bêtises. C’est ce qu’on appelle aujourd'hui le "Let's Play". À l'époque, j'étais le seul au monde à faire ça. C’était pourtant une évidence, car c’est ce que nous faisons tous quand nous recevons des amis sur notre canapé.
Mon parcours a commencé bien avant la télé, en 1989, dans la presse écrite avec des magazines comme Micro News, Console Plus ou Tilt. J’ai ensuite rejoint Canal+ en 1996 avec Cyber Flash, avant de participer à la création de Game One en 1998. Je suis un pionnier, un dinosaure du milieu.
Un regard critique sur le journalisme actuel
Pierre-Vincent : Quel regard portes-tu sur l’évolution du journalisme jeu vidéo en France, entre la presse écrite, la TV et Twitch ?
Marcus : J’ai eu la chance de tout voir, de Pong à la réalité virtuelle. J’ai connu l’âge d’or de la presse écrite, avec parfois cinquante magazines en kiosque, puis l’essor des sites internet. Aujourd'hui, la disparition quasi totale des magazines est une catastrophe pour ceux qui voudraient faire ma carrière.
Le modèle actuel est difficile. Le contenu est souvent gratuit, ce qui pousse à faire beaucoup de publicité au détriment de l'indépendance. Sur Twitch ou YouTube, chacun est un peu dans son coin. Je trouve ça triste car beaucoup n’ont pas la formation de journaliste, ni la rigueur ou la déontologie qui va avec. Un journaliste payé par sa rédaction garde sa liberté de ton ; un streamer qui a besoin d'argent peut être tenté par des pratiques moins nettes. Heureusement, certains font cela très honnêtement, mais il est devenu très difficile d'être un journaliste indépendant et professionnel aujourd'hui.
La nostalgie : Le facteur Mario Kart
Pierre-Vincent : Le thème de cette édition est la nostalgie et le rétro gaming. Quel est le jeu qui te procure un plaisir immédiat ?
Marcus : Sans hésiter : Mario Kart. C’est génial car c’est à la fois de la nostalgie et de l’actualité. Il n'y a jamais eu de mauvais épisode. C’est mon jeu préféré car c'est le titre ultime à partager avec tout le monde, quel que soit l'âge ou le niveau. Même avec les gros pixels de la Super Nintendo, le gameplay était déjà là et les parties entre potes étaient incroyables.
L’après Game One : Le projet "La Team"
Pierre-Vincent : Peux-tu nous parler de tes projets actuels, notamment après la fermeture de Game One ?
Marcus : Après 27 ans, la chaîne a été fermée suite au rachat du groupe Paramount par un groupe américain. Ils ne s'intéressent qu'à leur catalogue de films et considèrent que les émissions d'actualité sur le jeu vidéo n'ont pas leur place sur une plateforme type Netflix car le contenu se périme vite. Peu importe que la chaîne soit rentable ou appréciée, ils l'ont fermée.
Notre projet avec l'équipe, c'est de faire revivre cet esprit. Nous avons lancé "La Team" sur Twitch tous les mercredis. Au début, nous n'avions du budget que pour trois ou quatre émissions, mais le succès est là : nous avons plus de 10 000 spectateurs en simultané et près de 100 000 visiteurs uniques. Nous cherchons des sponsors pour continuer au-delà de juin.
En parallèle, un investisseur travaille pour racheter la marque Game One et rouvrir la chaîne en septembre. Si on montre que "La Team" intéresse les gens, cela facilitera le retour de Game One. C’est un marathon, car pour l'instant, les propriétaires américains ne répondent même pas aux propositions de rachat.
Le "Super Marcus World" en Corse
Pierre-Vincent : Tu es le parrain de cette quatrième édition. À quoi doivent s’attendre les visiteurs du "Super Marcus World" ?
Marcus : Je suis ravi de revenir en Corse, les gens sont adorables. C’est un honneur d’être parrain. Sur les salons, ma priorité absolue est de rencontrer les gens. Beaucoup me regardent depuis qu'ils sont petits, il y a une vraie affection réciproque.
Je déteste les séances de dédicaces froides derrière un bureau. Au "Super Marcus World", il y a un coin salon avec un canapé pour papoter en tête-à-tête. Pour éviter les files d'attente interminables, on utilise un système de tickets par tranches horaires. Et pendant que les gens attendent leur tour, ils peuvent jouer à Bomberman ou Street Fighter sur le stand. J'irai aussi sur scène pour affronter le public. C’est presque un mini parc d’attraction convivial !
Corsica Games Week
Un salon festif pour les passionnés de jeu vidéo organisé par l'association Sud Corse Rétrogaming et a Cità di Portivechju
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