Interview d’Edward - créateur de la chaîne « Rétro Découverte »

INTERVIEW

Pierre-Vincent Pietri

3/28/20264 min read

À l’approche de la Corsica Games Week 2026, nous nous sommes entretenu avec Edward, vidéaste spécialisé dans le rétrogaming et créateur de la chaîne « Rétro Découverte », récemment renommée « l'Aube Du Pixel ». Il revient sur son parcours, sa vision du marché rétro et ses projets à venir.

Peux-tu présenter ta chaîne pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas encore ?

Je propose une émission qui s’appelait à l’origine « Rétro Découverte », aujourd’hui rebaptisée « L'Aube Du Pixel ». Le concept est simple : parler de rétrogaming. Mais la particularité du format, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement d’analyse ou de test. On est sur un mélange entre une émission et une websérie, avec une dimension fictionnelle, des personnages et une mise en scène. On peut comparer cela, dans l’esprit, à ce que fait le Joueur du Grenier, même si chacun a son identité.

Comment est née cette envie de raconter l’histoire du jeu vidéo avec cette approche ?

À la base, c’est surtout de la curiosité. J’ai toujours été passionné par les vieux jeux et j’avais envie de comprendre d’où ils venaient, de fouiller leur histoire. Il y a aussi une part de frustration liée à l’enfance : à l’époque, les jeux coûtaient cher et je n’avais pas accès à tout. Aujourd’hui, c’est une forme de revanche, je découvre les titres que je n’ai pas pu faire plus jeune. Et puis il y a le plaisir de partager tout ça avec d’autres passionnés.

Combien de temps demande la réalisation d’un épisode ?

Cela varie selon les projets, mais pour un épisode classique, il faut compter environ deux semaines de travail. Cela inclut le temps de jeu, les recherches, l’écriture, le tournage et le montage. C’est un processus assez complet.

Quel regard portes-tu sur l’explosion du marché du rétrogaming ces dernières années ?

Il y a deux aspects. D’un côté, c’est positif de voir que le public s’intéresse à l’histoire du jeu vidéo et redécouvre des titres anciens. De l’autre, il y a clairement un aspect commercial. Certaines enseignes capitalisent sur la nostalgie pour générer du chiffre. Ce qui me dérange davantage, c’est la hausse des prix : aujourd’hui, acheter des jeux rétro devient très compliqué. Personnellement, je ne recommande pas de se lancer dans la collection. Ce qui m’intéresse, c’est le jeu, pas l’objet.

Face à cette situation, on reviens souvent sur l’émulation.

Oui, c’est pour moi une solution essentielle. Elle permet de redécouvrir les jeux de manière simple et accessible. Beaucoup de titres ne sont plus disponibles aujourd’hui, ou nécessitent du matériel devenu rare, comme l’Amstrad CPC par exemple. L’émulation permet de contourner ces contraintes. En plus, certains jeux ont mal vieilli, et les outils actuels permettent parfois d’améliorer l’expérience. On peut jouer sur PC, sur mobile, sur télévision, voire via des solutions comme un Raspberry Pi. C’est une porte d’entrée pratique et accessible vers le rétrogaming.

Que penses-tu des rééditions de jeux anciens proposées par les éditeurs ?

Là encore, tout dépend du travail fourni. Quand il y a une vraie valeur ajoutée, comme certains remasters, pour prendre Final Fantasy Pixel Remaster par exemple, avec des améliorations de confort, de graphismes et d'options d'accessibilités, c’est intéressant. Je pense par exemple aux remakes ou aux versions retravaillées qui modernisent l’expérience. En revanche, ressortir un jeu tel quel, sans modification, simplement pour le vendre à nouveau, me semble plus discutable. Surtout quand on connaît le vieillissement de certains titres. À budget égal, je préfère soutenir des créations actuelles, qu’elles soient indépendantes ou issues de grands studios.

Travailles-tu sur de nouveaux formats ou projets ?

Oui, plusieurs. Je vais prochainement lancer un live autour d’un speedrun sur NES, depuis un gaming café à Paris. C’est un format différent de ce que je fais habituellement. J’envisage aussi de tourner certains épisodes en live. Par ailleurs, je travaille sur un projet plus personnel : l’écriture d’une pièce de théâtre autour du jeu vidéo, que j’aimerais mettre en scène. Enfin, je prépare un épisode plus ambitieux autour de l’univers de Zelda, avec une dimension narrative importante. Nous cherchons actuellement des financements pour ce projet avec, nous l'espérons, un soutien du CNC.

Tu présenteras un épisode en avant-première lors de la Corsica Games Week. Peux-tu nous en dire d'avantage ?

Oui, il s’agira d’un épisode consacré à DuckTales. Il sera diffusé en avant-première pendant le festival. Comme toujours, je me concentrerai principalement sur la version originale du jeu, même si les versions remasterisées seront évoquées. C’est un excellent jeu de plateforme, avec des musiques particulièrement marquantes.

As-tu déjà eu l’occasion de rencontrer les autres invités, Marcus et PADG ?

Oui, j’ai déjà croisé Pierre-Alain de Garrigues et Marcus à plusieurs reprises. Marcus notamment est quelqu’un de très accessible et fidèle à l’image qu’il renvoie. Nous avons déjà envisagé de travailler ensemble. Ce sera un plaisir de les retrouver lors de la Corsica Games Week.

Un dernier mot avant le festival ?

J’ai vraiment hâte d’y être. Ce type d’événement est toujours très enrichissant, autant pour les rencontres que pour les échanges avec le public. L’ambiance semble très conviviale, et c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement.